Comment ressembler à une mère bouddhiste ?

 

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Je vous parlais récemment du livre S’occuper de soi et de ses enfants dans le calme. Bouddhisme pour les mères. Sa lecture m’avait inspiré un certain nombre de réflexions sur le lien entre pratique spirituelle et parentalité que je souhaitais partager avec vous, de façon distincte. Les voici !

Si l’on pose la question en termes de croyance, je ne suis pas sûre de me définir comme bouddhiste  – ou autre chose – mais pour ce qui est de la pratique spirituelle j’en suis proche, notamment depuis que je pratique la méditation, apprise dans la tradition vipassana.

 

Bouddhisme et parentalité

Il y a 5 axes importants pour moi dans l’éducation d’un enfant, que l’on retrouve dans les écrits bouddhistes et qui sont développés dans le livre de Sarah Napthali. Ce sont :
> la présence
> la compassion
> la non-violence
> le respect de soi
> le non-attachement

 

La présence 

Être présent c’est être là, dans l’instant, plutôt que plongé dans le passé, immergé dans le futur ou même juste perdu dans ses pensées. En tant que parent, la présence c’est l’attention à l’enfant, notamment quand on est avec lui.
Un ami m’a fait découvrir un livre drôle qui parle d’un papa très attaché à son doudou : il l’emmène partout, même aux toilettes, ou à table, et a bien du mal à le quitter des yeux. Son doudou c’est évidemment son téléphone portable. L’occasion de se demander ce que donne notre dépendance aux écrans quand elle est vue par les yeux de nos jeunes enfants.

A la maison j’ai adopté quelques règles simples :
– mon portable n’est pas dans la pièce quand on prend un repas
– je le laisse également posé ailleurs quand on joue ou lit ensemble
– le multi-tasking ne s’applique pas aux enfants – qui ne sont pas une tâche et vis à-vis de qui l’attention ne se divise pas
C’est très basique mais ça implique néanmoins l’effort de ne pas répondre aux sms qui arrrivent, ou aux appels reçus pendant le dîner, ni relever ses emails pour « s’occuper » pendant qu’un petit finit son assiette. L’avantage, pour moi qui travaille souvent à la maison et donc parfois quand mon fils est là, c’est qu’il m’est très simple de demander et d’obtenir 15 minutes de tranquillité devant l’ordinateur car il sait qu’après je serai disponible à 100% plutôt qu’à moitié absorbée par autre chose.

Pour aller plus loin, la présence c’est aussi du temps de cerveau disponible : écouter réellement, se laisser captiver par le récit de la récréation, ne pas regarder l’heure pendant un jeu de société. C’est être  aussi généreusement et entièrement qu’un enfant l’est.

 

La compassion

La compassion est pour moi l’une des qualités les plus importantes à travailler, car elle n’est pas spontanée. Je ne parle pas d’une compassion générique et lointaine, mais de celle à l’oeuvre dans les relations interpersonnelles au quotidien, notamment avec un enfant.
Ce n’est pas grave, mais non ce n’est rien, ne pleure pas, allez n’y pense plus. Beaucoup de nos interactions avec un enfant aux prises avec un petit ou gros chagrin sont de vrais dénis de ce qu’il pense et ressent.

La compassion d’un parent, c’est l’accueil des émotions de l’enfant. Peut-être la tâche la plus ardue qui soit car elle nous renvoie à nos propres émotions d’adultes et à la place que nous leur laissons ou pas, ainsi qu’à la manière dont nous avons pu exprimer nos émotions d’enfant. Lorsque mon fils était bébé j’ai lu Au coeur des émotions de l’enfant d’Isabelle Filliozat, ouvrage que j’ai trouvé passionnant. Il m’a appris à trouver la place en moi pour véritablement accueillir les émotions, les pleurs, puis les mots de mon fils. Ce n’est jamais acquis car les réflexes sont bien ancrés : quand quelqu’un que l’on aime est triste, il nous vient plus spontanément de le consoler (ne pleure plus) que de l’encourager à exprimer sa peine et « vider toutes ses larmes » alors que, comme le dit Isabelle Filliozat, « l’émotion a un sens, elle est guérissante.»

La pratique de la compassion, comme celle de la bienveillance, qui apprend à se mettre dans les pieds de l’autre, est un vrai challenge d’une parentalité respectueuse.

 

La non-violence `

Avec la non-violence, on est dans l’évidence mais jusqu’à quel point ? La semaine dernière avait lieu la journée internationale des droits de l’enfant. En France ce fut l’occasion de voir rouvert le débat sur les châtiments corporels à la maison. Nous sommes en effet l’un des derniers pays à ne pas avoir banni la fessée et ce qui l’accompagne : claques, tapes, coups de pieds, humiliations, brimades. Où situer la limite entre ce qui serait légitime et indispensable à une éducation « efficace »  (comme j’ai pu parfois le lire sur des sites internet), et ce qui relève de mauvais traitements ? Pour moi, la réponse est simple : on ne frappe pas un enfant. On ne lui fait pas ce que l’on ne s’autoriserait pas avec un adulte (rappelons-nous qu’il y a moins d’un siècle le droit de frapper sa femme était revendiqué).

Je milite pour le droit des enfants à ne pas être frappés, pour le droit des enfants à être élevés sans violence. La plupart des adultes de mon entourage en conviennent même si certains avouent des claques qualifiées de « réflexes », parfois regrettées, et dues soit à la peur (l’enfant, souvent petit, s’est mis en danger) soit au stress (le parent est submergé par l’énervement). Et si je ne qualifie pas de mauvais parents les auteurs de ces brimades rares, je pense que ne pas autoriser la claque ou la fessée même ponctuelle c’est le meilleur moyen de déconditionner notre société de ces réflexes violents.
Un enfant ne peut pas et ne sait pas se défendre. Les coups portés, mais aussi les violences verbales, abîment l’estime de soi et créent des êtres aux carences affectives sérieuses, qui auront du mal à vivre des relations aimantes et bienveillantes, en premier lieu avec eux-mêmes.

Mon challenge personnel est de parvenir à une éducation sans punitions, que je crois peu efficaces est surtout que je considère être une forme de manipulation, comme leur corollaire positif les récompenses. Il y a deux bons ouvrages sur le sujet : Eduquer sans punir de Thomas Gordon, et Eduquer sans punitions ni récompenses.

 

Le respect de soi

Le respect de soi, préalable nécessaire au respect des autres, est évoqué dès le titre du livre de Sarah Napthali : s’occuper de soi et de ses enfants (dans le calme). Tout parent qui est ou a été amené à s’occuper seul de jeunes enfants, durablement ou quelques heures, le sait : l’épuisement n’est jamais loin. Pour bien s’occuper des autres, il faut bien s’occuper de soi. Pour respecter l’autre, il faut se respecter soi-même.

A la maison, la notion de se respecter passe en premier lieu par respecter et cultiver sa santé. Il ne s’agit pas d’une manipulation pour faire avaler des légumes verts 🙂 mais d’expliquer, par exemple, pourquoi on se nourrit de telle ou de telle manière et ce que nous apportent nos différents aliments, d’un point de vue énergétique mais aussi de celui du plaisir. La gourmandise n’est pas un vilain défaut quand elle trouve sa place et quand on aime manger (ce qui est un euphémisme pour moi) le beau, le bon et le sain vont ensemble.
Prendre soin de soi c’est aussi dormir assez, passer du temps dehors, faire du sport, être au calme. « Tu vas faire du yoga ou méditer? » a demandé un jour mon fils en me voyant déplier un tapis. Quand je suis stressée, tendue ou fatiguée, je lui explique que j’ai besoin de prendre un peu de temps pour moi et je n’hésite pas à l’inciter à faire de même.

 

Le non-attachement 

D’un point de vue matériel, le concept de non-attachement passe pour moi par décroissance et générosité, qui sont deux manières de vivre que j’essaie de transmettre à mon fils. Pour être honnête, la décroissance ce n’est pas toujours facile quand on essaie en même temps de vivre sans être à contre-courant du reste du monde. Il y a un équilibre délicat à trouver, faits de tâtonnements.

En ce moment, la décroissance passe par :
– l’alimentation : facile car je n’achète pas de plats tout faits et je cuisine beaucoup. Un pas de plus en préférant acheter en vrac plutôt que sous emballage plastique – on fait des économies et on produit moins de déchets. On fait les gâteaux plutôt que de les acheter industriels et moins bons, idem pour les yaourts.
– jouets et vêtements : ce qui ne sert plus (ou ne va plus) est donné ou conservé pour la suite de la génération à venir. Rien de plus simple comme évidence, mais je remarque que mon fils est content de savoir que ses jouets auront une deuxième vie lorsque l’on procède aux grands rangements bi-annuels. Pour ce qui est de préférer les jeux solides et en bois à ceux en plastique, c’est facile pour les jeux de société, un peu moins pour les jouets vantés à l’école par les copains. Je fais le choix de ne pas interdire moi ce que j’aimerais que mon fils boycotte lui, même si je connais (et admire) des familles plus radicales en ce domaine.
– plaisirs non matériels : nous en sommes au stade du début de discours (et d’actes !) sur ce qui s’apprécie mais ne se garde pas entre les mains… le temps passé ensemble, aller manger une glace avec un copain, offrir une après-midi avec mon fils à une amie (le bon plan, n’est-ce-pas 😉 ) sans oublier la valorisation des cadeaux « faits avec le coeur » qui vont nous occuper quelques mercredis de décembre…

Pour la générosité, c’est simple : on donne. Que ce soit une pièce aux musiciens du métro ou du temps à une association, il n’y a pas d’âge pour expliquer l’importance du partage et de la solidarité. Les enfants sont naturellement généreux et je pense qu’il est important d’encourager cet élan naturel et de les faire participer à nos activités tournées vers le vivre-ensemble.

 

Nous le savons, la meilleure façon d’éduquer nos enfants c’est-à-dire de les préparer à être des adultes libres et heureux, est de cultiver chez eux l’épanouissement émotionnel. Remplir ce que l’appelle le réservoir affectif ou réservoir d’amour pour voir grandir des petits êtres dotés d’une réelle confiance en eux, qui se sentent aimés et qui s’aiment eux-mêmes.
Est-ce-que vous avez des valeurs particulières ou des manières d’initier vos petits à une vie saine et heureuse ? Partagez-les ici, j’aimerais bien les connaître !

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