Les jours d’après

La Tour Eiffel, nouveau symbole de paix.

Quatre journées de sidération. Puis mercredi j’ai osé m’asseoir pour méditer quelques minutes. Mon dos contracté tirait, mon pouce chatouillait de ne plus rafraîchir le flux Twitter sur mon téléphone, mes yeux piquaient du manque de sommeil et de l’abus d’écran. Je craignais que laisser ainsi mon esprit libre quelques minutes ne soit douloureux, ce fut au contraire apaisant.

J’avais prévu de me souvenir de ce 13 novembre. Parce que le 13 porte bonheur et parce que c’était la journée de la gentillesse, je m’étais adressé un clin d’oeil en signant les statuts de la société que je créé. Ce sera rigolo de s’en souvenir.

 

Vendredi soir, j’ai eu peur. Il y a eu ces brefs instants de doute en remettant mon manteau pour évacuer le restaurant où je dînais près du Bataclan : on nous dit de partir vite et loin, mais ne vaudrait-il mieux pas rester et se cacher ? Se planquer là plutôt que partir dans les rues à l’inconnu ? C’est une sensation animale que d’interroger son instinct de survie.

Samedi soir, j’ai eu mal. Un ami était lui au Bataclan, il est mort et c’est dégueulasse. Des images se superposent : son visage, ceux de ses enfants, les larmes des copains, sa station de RER juste avant la mienne.

 

Dans des périodes comme celle-ci, au milieu de la peur, du chagrin, de la rage, de l’incompréhension, on identifie parfois le besoin de calme. C’est l’envie de se réveiller et d’apprendre que ce n’était qu’un cauchemar, c’est l’espoir que l’horreur s’arrête pour de bon, qu’apparaisse le mot FIN comme sur un générique. C’est regretter de ne pas pouvoir lire l’avenir dans des feuilles de thé afin de savoir si ça ira.

Le calme et la sérénité ne peuvent venir que de l’intérieur. C’est une bonne nouvelle car nous avons le pouvoir d’y accéder. C’est un espace que personne ne peut complètement nous prendre.

 

J’ai des amis qui sont allés en terrasse, j’ai vu des photos de leurs bières – actes de résistance. J’ai décliné pour l’instant parce que les terrasses sont faites pour rire et papoter mais je n’ai pas le coeur à ça. Je me sens mieux chez moi que dans Paris où je scrute et sursaute tant l’ambiance est pesante. Vous dire que je suis la SuperWoman du Zen serait plus qu’inexact.

Mais il y a un espace intérieur de calme et de bonheur, cet endroit dans la poitrine avec le coeur qui bat et le coeur qui aime. Si je pose mes mains dessus et ferme les yeux, je le sens qui irradie.
Aujourd’hui plus que jamais, vivre c’est prendre le temps d’ouvrir son coeur, pour soi tout d’abord puis pour ses proches. Au-delà ensuite pour envoyer un peu d’amour dans l’atmosphère.

Je vous adresse pensées et chaleur.

 

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