Plaidoyer pour le bonheur

On me demande parfois quoi lire. Il est vrai que l’on apprend beaucoup en lisant, moi la première, et que les conseils en ce domaine sont toujours précieux. Il existe des livres particuliers, dont on ressort grandis, des livres qui apprennent à vivre mieux et à grandir. Je commence donc une nouvelle série de notes de lecture.

 

 

C’est un livre un peu corné, lu et relu, avec des pages marquées et des phrases soulignées. Je l’ai lu il y a plusieurs années après avoir eu le grand privilège d’écouter Matthieu Ricard à plusieurs reprises dans des conférences sur le bouddhisme, et de l’avoir rencontré en même temps que la Dalaï Lama dont il est l’interprète français.

Plaidoyer pour le bonheur commence en examinant le concept de bonheur tel qu’il a été étudié par des philosophes, sociologues, ainsi que des écrivains et penseurs contemporains, ou encore tel qu’il est abordé dans les textes religieux. Il le distingue de la joie, et pour mieux l’expliquer il le confronte à son opposé le malheur, qu’il différencie également de la souffrance. « On subit la souffrance mais on créé le malheur. » Ce dernier est souvent décrit comme la manière dont on s’approprie – bien souvent involontairement-  les souffrances, de façon durable et profonde. De même, une succession de joies, même si réellement plaisantes, ne crée pas toujours non plus l’état de bonheur que l’on recherche. Il faut un certain état de calme intérieur, comme une mer sans vagues, pour être au contact de nos émotions positives et pour permettre à la conscience de les recevoir plutôt que de les dissiper.

Spécialiste du bouddhisme, Matthieu Ricard traite évidemment des manières de s’approprier le bonheur. Il ne s’agit pas tant de le « découvrir » ou de l’ « atteindre », avec un mode d’emploi simpliste, mais davantage de l’apprivoiser. On suppose donc que le bonheur n’est pas extérieur et atteignable grâce à ceci ou cela, mais intérieur, une ressource disponible en chacun de nous pour peu que l’on forme le souhait de tourner notre attention en nous à sa découverte. Pour l’auteur, « le bonheur ne nous est pas donné, ni le malheur imposé. Nous sommes à chaque instant à une croisée de chemins et il nous appartient de choisir la direction à prendre. »

Le livre développe également le principe du renoncement, souvent trop compris comme une recherche de privation. Sans entrer dans les détails du renoncement matériel (que traiterait volontiers un Pierre Rahbi dans ses ouvrages sur la sobriété joyeuse), Matthieu Ricard se concentre sur le non-attachement aux pensées, et notamment aux pensées négatives. Quiconque a tenté de méditer connaît ce constat surprenant : l’esprit pense sans cesse, bien plus qu’on ne le souhaiterait, et rumine beaucoup. Il semble parfois occupé principalement à penser et repenser à nos tourments. L’entraînement de l’esprit au calme et à la tranquillité, tel qu’on le pratique en méditant, est donc une source de bonheur parce qu’il offre la possibilité de la liberté intérieure chère à l’auteur.

Si l’on n’a jamais pratiqué la méditation, ce livre en offre une première approche à travers l’incitation au calme et à la paix intérieure, ainsi que grâce à des exercices de réflexion. Des méditants reconnaîtront des techniques qu’ils peuvent avoir l’habitude d’employer, avec une profondeur supplémentaire car les méditations suggérées seront tournées vers l’altruisme, la compassion, la générosité. On découvre alors que le bonheur n’est pas une affaire si personnelle que cela et que la relation à l’autre – individu ou monde qui nous entoure – est très liée à notre perception du bonheur.

Plaidoyer pour le bonheur se termine en traitant d’éthique et en interrogeant la motivation qui sous-tend et colore chacun de nos actes. La joie ponctuelle d’une revanche ou d’une petite mesquinerie ne sera jamais source de bonheur. Alors que « apporter du bonheur à autrui est en fin de compte la meilleure façon d’assurer le nôtre. » Il se conclut avec cette belle citation de Shantiveda :

Tant que l’espace durera,
Et tant qu’il y aura des êtres,
Puissé-je moi aussi demeurer
Pour soulager la souffrance du monde.

C’est un livre d’une réelle intelligence, et très abordable pour autant si l’on n’est pas familier du bouddhisme. Il a cette particularité des ouvrages de Matthieu Ricard : on en ressort en se sentant plus paisible, plus heureux, peut-être plus intelligent aussi. Plaidoyer pour le bonheur m’a donné l’impression de comprendre quelque chose de profond bien que très simple et d’apprendre à mieux reconnaître le bonheur en moi.

 

 

Table des matières

1. Vous avez dit bonheur ?
2. Le bonheur est-il le but de l’existence ?
3. Un miroir à deux faces
4. Les faux amis : bonheur, plaisir, joie et euphorie
5. L’alchimie de la souffrance
6. Le bonheur est-il possible ?
7. Une regrettable méprise : les voiles de l’ego
8. Le fleuve des émotions
9. Emotions perturbatrices : les remèdes
10. Le désir
11. Le grand saut vers la liberté
12. La haine
13. Bonheur et altruisme
14. Le bonheur des humbles
15. La jalousie
16. Voir la vie en or, en rose ou en gris
17. Le bonheur dans la tempête
18. Temps d’or, temps de plomb, temps de pacotille
19. Captivé par le flot du temps
20. Une sociologie du bonheur
21. Le bonheur au laboratoire
22. L’ éthique, science du bonheur ?
23. Comme le torrent qui court vers la mer : le bonheur en présence de la mort
24. Un chemin

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